Zone de Texte: Blog de la fille qui avait une plume à la place du cœur

     Le personnage d’Iris m’a été inspiré par une inconnue, une anorexique croisée dans les couloirs d’un hôpital dont le visage m’a fouetté le cœur. Je ne l’ai pourtant aperçue que quelques secondes mais certains visages vous marquent à jamais. Je me rendais à l’hôpital pour rendre visite à quelqu’un. A l’intersection entre les différents services, se trouve une sorte de hall comportant un pilier central encerclé de bancs. Elle était assise là sur un banc, un corps d’une maigreur affolante, ses yeux semblaient immenses comparé à ce corps quasi inexistant. La vison a été fugitive, je marchais d’un pas pressé, son visage m’a percuté et j’ai continué mon chemin. J’aurais pu l’oublier. Mais le lendemain, même scène, au même endroit, je la croise à nouveau. Je ne peux plus oublier ce visage qui semble détenir toute la détresse et toute la beauté du monde à la fois. Les mots perlent à la surface de mon cerveau, m’enfièvrent. Lorsque je rentre chez moi, je me précipite sur mon ordinateur, et le personnage d’Iris naît sous ma plume :

     « Iris avait le visage de ces femmes qui ont tant souffert qu’elles vieillissent avant l’heure. Un visage émacié qui semble abriter le souffle de la mort. Une grâce surnaturelle qui vous fascine et vous effraye à la fois. Deux lunes brisées qui papillotent sans jamais vous croiser, comme une quête incessante, une vie à perdre haleine qui s’amenuise faute d’avoir trouvé ce qu’elle cherchait. De son corps, on aurait pu croire qu’il passerait inaperçu. Mais ces seringues qui lui servaient de jambes aimantaient les passants comme une scène surréaliste. Comment fait-elle pour tenir debout, celle-là ? Son corps semblait avoir été taillé par un artisan étourdi qui aurait utilisé ses plus beaux matériaux pour confectionner le visage avant de réaliser qu’il ne lui restait plus assez pour terminer l’ensemble. Un corps sacrifié, si inexistant que ses yeux ardoise semblaient aussi grands que ses poings. Un regard qui, comme la mort, vous cueille malgré vous.

     Les badauds regardaient passer cette créature éthérée, subjugués d’indignation, ils la laissaient se glisser entre eux telle une bulle de savon si délicate qu’on craint de la frôler de peur qu’elle ne s’évapore. Maigreur impériale et outrageante dont elle avait à peine conscience. Visage profané par la vie. Par un soleil si peureux qu’il pousse les rêves à hiberner. Iris incarnait le mystère, une certaine vérité qui vous échappe et vous gifle en plein cœur sans que vous parveniez à la déchiffrer. On se souvenait de son passage comme d’un rêve vaporeux, insaisissable, réel et imaginaire à la fois. »

 

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